À propos
Jill Pollock, auteure-photographe & bijoutière artisan d’art, fondatrice de Vaea Designs
L’histoire d’une transmission, d’un héritage et d’un univers né au croisement de la photographie et de la matière.



C
Ce que je tiens de mon père
Mon père, John, est né en 1939 à Galston, un petit village d’Écosse, en pleine guerre. Enfant, il livrait le lait dans le voisinage et balayait le sol d’une usine de chaussures pour gagner quelques pièces. C’est là, entre deux corvées, qu’il a commencé à observer puis à comprendre comment on fabriquait une chaussure façonnée entièrement à la main à partir d’une forme.
Son rêve de toujours était d’intégrer les beaux arts mais son père, convaincu à l’époque qu’on ne vivait pas de l’art, n’était pas d’accord avec cela.
Alors le destin lui a trouvé un autre chemin : à treize ans environ, il a vu une annonce pour un concours de chaussure organisé par Ferragamo. Il a décidé d’y participer et a fabriqué un prototype de ses mains grâce à tout ce qu’il avait appris en regardant faire les adultes à l’usine. Il a remporté le premier prix. Londres l’a appelé presque aussitôt, et c’est ainsi qu’a démarré toute une carrière internationale dans la chaussure, qui l’a mené à travailler à tous les niveaux, du dessin, en passant par le stylisme, jusqu’à la gestion de la production dans des ateliers et usines de chaussures aux US, en Espagne, en Chine, à Taïwan et en dernier en Inde.
C’est lui qui a nourri et éduqué mon âme créative et ma différence et c’est aussi de lui que je tiens cette manière d’apprendre seule, en cherchant et en expérimentant par moi-même via mille et un tests avec mes supports, quels qu’ils soient.
Il est parti en 2011. Quelques semaines plus tard je me suis retrouvée en Écosse à vider son appartement. Pour tenir, je partais marcher dans la nature, mon reflex autour du cou. Ces longues errances avec l’œil dans le viseur, ont fini par m’ouvrir quelque chose que je ne soupçonnais pas. Je découvrais une façon de dire ce que les mots n’arrivaient plus à porter. La photographie ne m’a pas seulement aidée à traverser ce moment, elle a été une véritable catharsis de ma douleur. Elle est devenue depuis, ma manière préférée de communiquer et d’exprimer ma créativité, de regarder le monde et d’en raconter sa beauté.
U
Un chemin que j’ai dû tracer moi-même
Enfant, j’avais deux grandes passions. La première me venait des fonds marins : je rêvais d’être océanographe, d’explorer les dorsales sous-marines et de comprendre la géologie des profondeurs avec ses volcans. La seconde me venait de mon père, l’envie de créer de mes mains et de suivre ses traces dans l’univers de la chaussure.
La vie en a décidé autrement, du moins au début. J’ai été orientée vers un baccalauréat littéraire du fait de mon bilinguisme alors que je rêvais de sciences, et cette aspiration est restée un rêve d’enfance. Quant à la chaussure, j’ai pourtant tout tenté : décidée à apprendre le métier de bottier sans aucun passe-droit, en partant du bas comme mon père l’avait fait, j’avais réussi les épreuves d’entrée d’un grand réseau d’apprentissage des métiers d’art et décroché un stage chez John Lobb pour Hermès où mon travail a convaincu. Seulement à l’époque, ce monde-là s’ouvrait encore difficilement aux femmes, et ma porte ne s’est pas ouverte.
J’en ai tiré une conviction qui ne m’a jamais quittée, celle qu’un savoir-faire, quel qu’il soit, ne devrait jamais se transmettre selon le genre de celui ou celle qui veut apprendre, ni se heurter à aucune frontière. C’est sans doute pour cela qu’aujourd’hui quand j’enseigne à mon tour, je veille à n’écarter personne et à m’adapter au rythme et à l’univers de chacun, car tout le monde mérite d’apprendre de nouvelles connaissances.
Faute de pouvoir suivre les routes toutes tracées que je m’étais imaginées, je me suis formée moi-même, avec toutes les phases d’expérimentation et les erreurs que cela comprend, mais toujours avec de la curiosité à revendre. Et avec le recul, je réalise que je n’ai renoncé à rien. La géologie et les fonds marins qui me fascinaient sont devenus le cœur de mon univers visuel et de mes bijoux. La création artisanale venant de l’éducation de mon père et l’autodidaxie qui nous caractérise, vit dans chacune de mes créations visuelles ou façonnées à la main.
En fin de compte, ce que l’on a cherché à m’enlever, je l’ai repris autrement et l’ai réuni dans une seule histoire, la mienne.
La naissance de Vaea Designs
L’histoire d’un prénom, d’une renaissance et de deux passions réunies
Pendant quelques années, la photographie m’a suffi. Elle me permettait de communiquer ma créativité et mes émotions, mes ressentis et ma manière de voir les paysages qui me touchaient. Et puis en 2017, je suis devenue maman d’une petite fille que nous avons nommé Vaea. Cette nouvelle étape de ma vie a réveillé en moi le besoin de créer encore plus que ce que l’image me donnait comme possibilité d’expression.
Je sentais qu’il me fallait quelque chose de plus pour finir d’exprimer pleinement ce que j’avais en moi afin de donner corps aux idées et aux émotions que la photographie seule ne me permettait pas d’exprimer pleinement. Un support d’expression plus concret et palpable, que je puisse toucher et façonner de mes mains. La bijouterie, que j’avais découverte au début des années 2000 lors de mes études et chez Christian Lacroix, m’est revenue comme une évidence. J’ai alors repris l’établi et tout s’est mis en place tout naturellement.


Je n’ai pas eu à chercher très longtemps le nom de ma future activité, car il était déjà là. Vaea, c’est le prénom de ma fille qui signifie en polynésien « souveraine qui a partagé le grand océan », mais aussi « petit état de paix ». Un nom tout entier tourné vers la création du Monde, la Terre, ses paysages bruts et les légendes oniriques et éthérées qui les habitent. Autant dire qu’il résumait déjà à lui seul, tout ce qui nourrissait mon univers artistique.
En 2018, j’ai réuni la photographie et la bijouterie sous une seule bannière Vaea Designs parce que pour moi, ce sont deux langages qui se complètent en faisant une boucle parfaite à l’expression de mon univers créatif. Ces deux supports d’expression se sont liés et entremêlés au fil du temps : mes photos donnent matière à la création de mes bijoux, et ces derniers prolongent bien souvent ce que mes images avaient commencé à raconter.
T
Tout un univers
La nature a toujours fait partie de moi. J’ai grandi avec elle, dans une famille aux origines écossaises et aux racines vikings, où l’on apprenait très tôt à la regarder, la respecter et à garder une forme d’humilité face à sa puissance. Ce lien à la nature ne m’a jamais quittée, il nourrit la création de chacune de mes photographies et de mes bijoux.
Ce qui m’attire, ce sont les paysages bruts, les terres hostiles, les étendues minérales, la géologie avec ses couleurs, sa force et ses formes façonnées par le temps. L’eau aussi, et tout ce qui l’entoure, comme une mémoire des origines. Ces lieux spécifiques ne se contentent pas d’être beaux : ils confrontent l’humain à quelque chose de plus grand que lui. Ils imposent leur rythme, demandent de l’abnégation, parfois la survie et provoquent ce dépassement de soi qui nous secoue et nous ramène à l’essentiel de notre condition.
L’Islande et les terres nordiques ont été ma source et le terreau fertile nourrissant mon univers qui, au fil de mes voyages et de mes expériences, s’est élargi à toutes les terres aux fortes signatures géologiques. Bien souvent, un de mes bijoux naît d’une photographie que j’ai prise face à un paysage qui m’a saisie à un instant précis. Ces lieux deviennent le point de départ d’une vision onirique et/ou d’une émotion que je cherche ensuite à transmettre, par l’image d’abord, puis par la matière. Et parfois s’y mêle aussi une symbolique plus ancienne, celle des cultures et des civilisations qui ont vu le jour au cœur de ces paysages.
M
Mon parcours
Depuis mes études avec mon baccalauréat littéraire en poche, jusqu’à mes activités d’aujourd’hui, a fait de moi la personne que je suis et a façonné mon identité créative. J’ai exploré ma sensibilité artistique dans les écoles de stylisme et de photographie, je l’ai mise au service auprès de grandes maisons, pour enfin la laisser s’exprimer pleinement à travers Vaea Designs.
Baccalauréat
Général Littéraire
Créapôle ESDI, Paris
Photographie, graphisme, audiovisuel, stylisme et mode
Studio Berçot, Paris
Photoshop, stylisme, modélisme et histoire du costume
photographie de studio
Premiers pas en photographie de studio, Studio Vermès, Paris
Lauréate finaliste du Grand Concours Européen de la Création en Chaussure
Mes dessins et prototypes, réalisés à l’usine Robert Clergerie, ont été exposés au Musée International de la Chaussure à Romans.
Christian Lacroix
haute couture, département accessoires bijoux et chaussure, Paris
Le Bon Marché Rive Gauche
Conseil Luxe | Personal Shopper
Formation perfectionnement textile, Paris
Styliste
Auteure-photographe
Tirages d’art & cessions de droits
Expo photo « Au fil de l’eau »
Arreau, Hautes-Pyrénées, Occitanie.
Travail sur le thème de l’eau, et la nécessité d’œuvrer pour sa préservation
Bijoutière Artisan d’Art
Petites séries & pièces uniques façonnées à la main
Formatrice bijouterie
Freelance pour Objectif Bijoux
Obtention du label « Entreprise Zéro Déchets »
Décerné par la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Tarbes 65
Sortie du livre digital « L’Art de la Photographie de Bijoux Artisanaux »
Pour aller plus loin
Si vous avez lu jusqu’ici, c’est que quelque chose dans mon univers a peut-être résonné avec le vôtre.
Je vous laisse alors découvrir la suite… à votre rythme.



